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"Une ville, des villages et des églises englouties, des milliers de morts sur un espace réduit, la légende a fait du pied du Granier avant la catastrophe, un espace surpeuplé". Extrait de l'intervention de l'historien Fabien MOUTHON lors du colloque autour de l'effondrement du Mont Granier les 5, 6 et 7 juin 1998 à Myans.
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Le nombre de victimes à travers le récit des chroniqueurs du XIIIème siècle. Pour l'historien Jacques Berlioz, l'écart entre les chiffres extrêmes de disparus s'étend de 1 a 10. C'est Mathieu Paris qui fournit les chiffres les plus forts. Le chroniqueur anglais détestait les savoyards, ce qui explique sans doute sa tendance à sous estimer le nombre des victimes. Mais son estimation varie selon les oeuvres : si l'on passe de 9000 morts dans la "Grande Chronique" à 7000 dans "Histoire des Anglais", les "Fleurs des histoires" en annoncent 10 000 ! Tout se passe comme si le Bénédictin avait au fil du temps moderé sa colère. Martin Le Polonais avance le chiffre de 5000 victimes environ ; chiffre que reprend Géraud de Frachet en le surestimant légèrement. Fra Salimbene s'en tient à 4000. Le chiffre le plus bas, près de 1000 morts, est proposé par les "Annales d' Erfurt", dont l'auteur a, semble-t-il, exploité une tradition orale. |
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Le nombre de victimes aujourd'hui :une estimation nettement revue a la baisse. Pour l'historien Christian Guillere, il ne faut pas prendre les chiffres annoncés par les chroniqueurs pour argent comptant. Pour lui le nombre moyen de 5000 victimes annoncé par les chroniqueurs du XIIIème siècle est surévalue. D'après les dernières études, la surface recouverte par le glissement du Granier est de 32 km2. Dans ce cas, l'hypothèse fantaisiste de 5000 victimes équivaudrait à une densité de population de 156 habitants au km2. Or, à la même époque, en Ile de France qui était alors la surface la plus peuplée, on comptait de 15 a 17 feux par km2 ce qui équivaut à une densité de population de 80 habitants au km2. (La notion de feu au Moyen-Age correspond en gros à une famille dont la moyenne est de 5 membres). Si l'on applique ce dernier chiffre à la surface recouverte par les éboulis, nous obtenons une population de 2500 habitants. Or cette région était loin d'avoir la densité de population de l'Ile de France, ce que confirme la cartulaire de Saint Hugues au XIIème siècle qui fait état environ une trentaine de feux recensés par village. Dans cette hypothèse, nous obtenons le chiffre de 900 victimes de la catastrophe, chiffre très proche de l'estimation avancée par le chroniqueur anonyme d' Erfurt. Une seule incertitude toutefois subsiste : la dimension de SAINT ANDRE. Au XIIIème siècle, SAINT ANDRE, siège du Décanat de Savoie était-il un modeste village comme l'affirment de récentes recherches, ou bien une petite ville comme l'atteste le récit de Jacques Fodéré au XVIème siècle ou bien encore SAINT ANDRE avait-elle la dimension de MONTMELIAN ou de CHAMBERY à la même époque ? |