- En 1879, Le Chanoine François TREPIER publie dans l'Académie des Sciences une vaste étude consacrée au decanat de Saint-André, ainsi qu'à "la ville de ce nom ensevelie au XIIIème siècle sous les éboulis du Mont-Granier" dans laquelle il affirme :

"Les auteurs qui ont raconté la chute d'une montagne, la destruction de plusieurs milliers d'habitants vivant à ses pieds, et la disparition de ses débris dans une vallée voisine sont bien plus nombreux qu'on ne les suppose d'ordinaire".

Au début des années 1980, Albert PACHOUD, dans son ouvrage consacré a Notre-Dame de Myans souligne :

"Aucun témoin oculaire de la catastrophe n'en décrit le déroulement ni les conséquences".

L'historien Jacques BERLIOZ, quant à lui, dans son article paru dans le Monde Alpin et Rhodanien en 1987 intitule "Production, transmission et réception des récits historiques et légendaires (XIII-XVIIeme), a plus particulièrement étudié les différentes sources du XIIIème siècle. C'est à travers neuf textes narratifs couvrant une période de 33 ans de 1250 a 1282-1283 que les six auteurs de ces chroniques dressent une description remarquable dont en voici quelques extraits empruntes aux publications du Chanoine TREPIER et de Jacques BERLIOZ

Les chroniqueurs du XIIIème siècle. (d'après Jacques Berlioz)

ETIENNE DE BOURBON : Dominicain Français (1190/1195-1261) Rédige son "Traité des diverses matières à prêcher" de 1250 à 1261 environ. L'exemplum intéressant la chute du Granier se place dans la troisième partie de l'ouvrage, placée sous le signe du don de Science, et plus précisément dans le septième consacré à la prière. " Une montagne finit par s'écrouler et un rocher par changer de place..." " La chute d'une montagne, ou plutôt son déplacement, en Savoie..."

FRA SALIMBENE : Franciscain originaire de Parme (1221-1287/1288) Rédige sa "Chronique" vers 1282-1284. " Les montagnes qui s'écroulèrent dans la terre du Comte de Savoie et recouvrirent sept paroisses et tuèrent quatre mille hommes, L'an du Seigneur 1248..." " Une montagne finit par s'écrouler, un rocher par changer de place, l'eau par user les pierres, l'averse par emporter les terres..."

MATHIEU PARIS : Bénédictin Anglais (vers 1200-1259) Rédige quatre chroniques dont la plus importante est sa "Grande Chronique". "La Grande chronique" : achevée en 1251 " Une chute terrible dans la terre du Comte de Savoie..." "Histoire des anglais" : achevée en 1255. "Dans les pays de Savoie, cinq villages avec leurs église, leurs maisons et leurs habitants, furent ravagés par des montagnes tombées en masse..." "Abrégé des chroniques" : achevée dans la fin des années 1250. "En Savoie ce fut un engloutissement de cités, de villages, de montagnes, de châteaux, d'eglises et de plusieurs milliers d'hommes..." "Les fleurs des histoires". "Un tremblement de terre local dans les pays de Savoie..."

MARTIN DE TROPPAU dit "Le Polonais" : Dominicain né en Moravie et mort a Bologne en 1279. Rédige sa "Chronique des souverains pontifes et des empereurs" vers 1272-1274. "Environ cinq mille hommes furent étouffes par de la terre qui s'était détachée des montagnes. En effet, une montagne des plus élevées se sépara d'autres montagnes, traversa une vallée sur plusieurs milles pour rejoindre d'autres montagnes, recouvrant tous les villages de la vallée de terre et de pierre..."

LES FRERES PRECHEURS dans "les Anales d'Erfurt" rédigées de 1220 à 1253 par cette congrégation de Dominicains installée en Thuringe. "Cette année là (1248), dans les pays de Bourgogne, dans le Comté de Savoie, une montagne toute de pierres et élevée vit même ses rochers se séparer et, s'effondrant, se répandit sur un espace de près d'une lieue..."

GERAUD DE FRACHET : Dominicain Français (1205-1271) Rédige sa "Chronique Universelle" vers 1266-1267. "En Savoie, une montagne tomba et détruisit un grand nombre de villages, sur un mille et plus, écrasant plus de cinq mille hommes. De même la mer entre la Normandie et la Bretagne déborda, faisant de nombreuses victimes et occupant sept lieues et plus de terre..."

 

 

 

Transmission et réception des récits médievaux.

Au XIVeme siècle

Nicolas TRIVETH (1258- vers 1328) Dominicain Anglais. Rédige les "Annales" d'après la chronique de Martin Le Polonais.

Giovanni VILANI (vers 1272- vers 1348) Rédige ses "Chroniques Florentines" inspirées de la Chronique de Martin le Polonais. Il utilise également la thèse de séparation des montagnes développée par Mathieu PARIS.

Au XVeme siècle

Mathieu PALMIERI (1405-1475) Emprunte au chroniqueur Martin Le Polonais de même que Wermer ROLLEWINCK- Chartreux (1425-1502), DORLANDE (1449-1507) ainsi que Hartman SCHEDEL, médecin et humaniste de Nuremberg qui publie sa "Chronique de Nuremberg" en 1493 dans laquelle se trouve la seule représentation du Mont-Granier pour la période médiévale.

Il faut ajouter pour la même époque Mathieu THOMASSIN et son "registre Dalphinal" ainsi que Jean TRITHEME, NAUCLERUS, PLATINA, SABELLICUS ainsi qu'un Pouillé de Grenoble datant de 1497.

Au XVIeme siècle

nous pouvons citer GENEBRARD, LANCELLOTTI, GREFFIN AFFAGART, Simon MAJOLI, DELBENE, Guillaume PARADIN, Jacques Philippe de BERGAME, Philibert de PINGON dans sa "Chronique de Savoie", ainsi qu'un placard de l'église de Myans.

Aux XVIIeme et XVIIIeme siècle

De nombreux auteurs du XVIIeme mentionnent la catastrophe du Mont-Granier. Les Chartreux : DOM BOHIC, DOM Nicolas MOLIN auteur de "Historia Cartusiana", DOM LE VASSEUR auteur présumé des "Ephemérides de la Grande Chartreuse", et DOM LE COULTEUX. Les Pères : GONON, POIRE, GUMPEMBEKG, MENESTRIER, ainsi que Philippe de la SAINTE TRINITE. Il faut attendre le début du XVIIeme siècle pour avoir avec, les Pères PICQUET en 1610 et Jacques FODERE en 1619 des attestations sûrement datées de la contamination de l'exemplum d'Etienne de BOURBON et de la légende faisant intervenir les diables et la Vierge de Myans.

Il convient de mentionner plus particulièrement le Père FODERE pour son histoire "du Couvent de Notre-Dame de Myans", dont voici un court extrait de la nouvelle légende : "...ledit abisme s'arresta tout court, sans pouvoir passer plus outres, et sans faire de mal ausdits religieux lesquels entendoient les derniers démons qui crioient aux premiers : "Passons outres, passons outres, ausquels ceux-cy respondoient : Nous ne pouvons, car la brune, c'est-a-dire, la noire, nous en empesche" .

" Les historiens : GIOFFREDO, CHORIER, GUICHENON et le remarquable THEATRUM SABAUDIAE.

Pour le seul XVIIIeme siècle nous pourrons citer : TROMBI, VALBONNAIS, Guy ALLARD et de SAUSSURE.

Les autres sources

Il convient de mentionner également : diverses chroniques anonymes de Chartreux, plusieurs procès-verbaux de visites pastorales faites dans le décanat de Savoie par les évêques du XIVeme siècle, l'annuaire statique du Mont-Blanc de COSTA, GRILLET et une foule d'autres auteurs contemporains qui ont relaté le funeste évènement.