"Aucun auteur, que nous sachions, n'a étudié le sujet sous ses diverses faces ; aucun surtout n'a essayé de nous apprendre quelque chose de l'histoire du pays avant sa transformation par une catastrophe"

Chanoine TREPIER.

"Lorsqu'ils relatent les événements de 1248, les chroniqueurs du XIIIème siècle réunis par l'historien Jacques Berlioz évoquent un pays prospère, parsemé de villages et d'établissements religieux engloutis par la catastrophe. En fait, les environs de SAINT ANDRE dans la première moitié du XIIIème siècle sont très mal éclairés par les sources."

Fabrice MOUTHON

Les fonds ecclésiastiques ne soutiennent rien d'autre que les allusions fugitives ; par ailleurs, l'éboulement-glissement du Mont-Granier a eu lieu peu avant les grandes enquêtes lancées par le Dauphin puis par le Comte de Savoie. Paradoxalement, la région des futures Abymes est mieux documentée pour le XIIème que pour le XIIIème siècle et ceci grâce à une source unique, le cartulaire de Saint Hugues. Ce recueil de 250 actes rédigés probablement dans la première décennie du XIIème siècle témoigne de l'œuvre entreprise par l'évêque de Grenoble, Hugues de Châteauneuf durant son épiscopat de 1082 à 1132, pour relever son diocèse dans le cadre de la réforme Grégorienne. Parmi ces documents, 6 Chartres incluant 11 notices intéressent directement la région des Abymes. Evoquant le paysage des Abymes avant la catastrophe, le Chanoine Trépier qui a étudié de façon très approfondie les différentes sources historiques nous dit dans son ouvrage sur le décanat de Saint André : "En face, de l'autre côté de la vallée, s'élève la gigantesque montagne du Granier. Au pied de cette montagne s'étalait jadis, dans la plaine, une belle et riche contrée, parsemée d'habitations ; ici, isolées, disséminées, comme au hasard ; là, groupées en nombreux hameaux ou en villages. A l'endroit même où la pente de la montagne, après avoir formé un léger ressaut, venait mourir vers la plaine, était gracieusement assise la petite ville de SAINT ANDRE, dominée par son élégante église romane".

Malgré son antériorité de plus d'un siècle à la catastrophe, ce cartulaire non exhaustif constitue en fait le seul document dressant un tableau de l'occupation du sol, de l'habitat et de la mise en valeur de son terroir au XIIème siecle.

L'occupation du sol, l'habitat et la mise en valeur des terroirs.

L'habitat : Pour l'historien Fabrice MOUTHON, la structure du peuplement du XIIème siècle était probablement de type semi-dispersé, en hameaux, comme elle l'est restée majoritairement en Savoie et Dauphiné, mais une structure qui tranche avec celle qui s'imposa dans les Abymes après la catastrophe : mais l'habitat était-il au début du XIIème siècle entièrement dispersé ?

La mise en valeur des terraoirs: Lorsqu'il se réfère en Cartulaire de Saint Hugues, le même historien ressort l'idée d'une campagne bien mise en valeur où même les espaces incultes pouvaient faire l'objet d'une exploitation. Au début du XIIème siècle, le cœur des Abymes parait donc avoir été depuis longtemps peuplé et soigneusement mis en valeur, une réalité guère étonnante si l'on considère le site et sa localisation sur une des voies de communication d'Occident.

Les villages et hameaux disparus.

Pour l'abbé TREPIER qui a longuement étudié le Pouillé du cartulaire de Saint Hugues, les cinq villages qui ont été engloutis par le glissement de 1248 sont : COGNIN, VOUREY, SAINT ANDRE, GRANIER et SAINT PERANGE. L'auteur du Décanat de SAINT ANDRE évoque un peu plus loin les hameaux qui ont également disparu. "S'il y a divergence entre certains auteurs dans l'estimation du nombre de paroisses détruites sous les éboulis, il n'y en a plus dans l'estimation du nombre de hameaux formant ces paroisses et engloutis avec leurs habitants dans les abîmes. Pierre de Tarentaise, Etienne de Bourbon, Thomassin, Menestrier, Picquet, Fodéré, Gonon, Gumpemberg et tous les auteurs qui ont suivi la chronique des Dominicains de MONTMELIAN, s'accordent à dire que les paroisses ou sections de paroisses anéanties renfermaient seize villages ou hameaux, seize groupes d'habitations..."

Saint André

• Son emplacement

D'après l'abbé Trépier: "Le Père Fodéré et M. Gouvert, les deux seuls auteurs, à notre connaissance qui aient éssaé de déterminer approximativement la position de Saint-André, semblent la fixer, l'un dans la partie des abîmesisines d'Apremont, l'autre dans une partie plus rapprochée de Chapareillan. Le Père Fodéré dit, en effet, que l ville de Saint-André était située " à la plaine et au pied de la grande montagne du Grenier à une lieue de Chambéry tirant au Dauphiné, environ près de là où est présent l'église parochiale d'Apremont."

M. Gouvert, lui, le place ou plutôt nous dit qu'une constante tradition le place sur le sol occupé maintenat par la butte et le hameau actuel de Saint-André et, par conséquent sur un point plus rapproché de Chapareillan.

• La dimension de Saint-André:

Pour l'historien Fabien Mouthon, aucun auteur du XIIIème siècle ne parle d'autre chose que d'une villae, hors ce there ne signifie autre chose qu'un gros village et son terroir. Certains historiens affirment quant à eux que Saint-André at alors une dimension comparable à celle de Chambéry. En effet dans la première moitié du XIIIème siècle, le Comte de Savoie était alors à Montmélian et c'est seulement en 1295 soit plus d'un demi siècle plus tard qu'ils'installa à Chambéry. La capitale actuelle de la Savoie aurait donc profité de la disparition de Saint-André.

C'est le Père Fodéré à la fin du XVIème siècle qui est le premier à avoir évoqué avant 1248 l'existance d'une "ville" de Saint-André que cite l'abbé Trépier dans son histoire du Décanat de Saint-André: "Or est à noter, qu'à la plaine et au pied de la grand' montaigne de Grenier, à une lieuë de Chambéry, tirant au Dauphiné; environ près de là, où est à présent l'église parrochiale d'Aspre-mont, y auoit une petite ville nommée Saint-André..."