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Scientifiques, ingénieurs et techniciens

Au XIII ème siècle, certaines pratiques scientifiques telles l'alchimie et l'astronomie restent encore suspectes aux yeux de l'Eglise régulière, car pouvant remettre en cause voire nier des dogmes issus des textes sacrés et des différentes règles monastiques.

Au contraire, les membres du clergé séculier adoptent une attitude inverse, ayant une activité intellectuelle de plus en plus intense : lectures d'oeuvres profanes philosophiques, approche de Dieu par une démarche basée sur la réflexion et non plus sur l'unique affection. La mission du clerc est désormais d'apprendre pour à son tour enseigner ; sa foi doit s'imprégner de science. Ainsi, bon nombre de savants sont aussi des religieux, enseignant dans les écoles ou les universités. Mais on remarque dans le royaume de France que les maîtres des universités s'intéressent moins aux disciplines scientifiques qu'aux théories philosophiques. L'esprit expérimental ne les caractérise guère, alors qu'il se développe, semble-t-il, beaucoup plus à Oxford ou à Bologne (les méthodes des praticiens italiens sont d'ailleurs à l'origine des progrès très sensibles de la chirurgie en France).

 

Théorie, pratique et expérimentation

Dans le domaine scientifique et expérimental, les recherches sont surtout menées hors des écoles et de l'Université.

Des dispositifs complexes, comme les équatoires et les turquets, sont élaborés ou étudiés afin de faciliter les calculs astronomiques lors de la seconde moitié du siècle. Dans le même temps, on cherche à établir des tables astronomiques de plus en plus précises.

Pierre de Maricourt rédige un traité sur le magnétisme - jugé plus tard comme un excellent travail scientifique - alors qu'il participe, peut-être comme ingénieur militaire auprès de Charles d'Anjou, au siège de Lucera en Italie, en 1269.

Mais la synthèse entre théorie et pratique est mieux réalisée hors du territoire de France, une fois de plus. Les intellectuels parisiens ont peu à mettre en face de l'intérêt de l'Anglais Grosseteste pour la verrerie et l'optique ou des mathématiciens italiens pour l'arpentage.On sait aussi que Pierre de Maricourt est attiré par les travaux de l'Anglais Roger Bacon, et qu'il se met rapidement en relation avec lui.

En sens inverse, la pédagogie semble être une des préoccupations des techniciens du XIII ème siècle. Aussi ce souci les conduit -il à élaborer des manuels où leur savoir est théorisé, à conceptualiser leurs pratiques.L'album de Villard de Honnecourt est d'une importance primordiale pour définir l'architecte comme un ingénieur et non plus seulement comme un dessinateur : dans ses carnets, le mécanisme de la scie hydraulique côtoie les plans d'une machine de guerre et les croquis d'élévation de la cathédrale de Reims. Villard de Honnecourt inaugure une tradition de manuscrits techniques qui se poursuivra jusqu'à L'Encyclopedie et au-delà.

Progrès techniques et inventions

Les inventions techniques, connues par quelques rares mentions textuelles, sont plus fréquentes au XIII ème siècle qu'on ne le croit parfois. Si les grands progrès énergétiques sont antérieurs, on peut raisonnablement penser que la ratio nalisation industrielle se poursuit, notamment dans des monastères cisterciens comme celui de Fontenay en Bourgogne - abbaye fondée par saint Bernard en 1119. Cette rationalisation se manifeste également dans le domaine du textile où, de l'aiguille métallique du cadreur au perfectionnement du métier a tisser horizontal, les efforts d'acccroissements de productivite sont évidents. La brouette, les boutons, les lunettes pour presbytes, le miroir de verre (rempla¨ant celui de métal poli), et le papier sont quelques unes des inventions durables que l'on doit au XIII ème siècle, à côté de projets échevelés et très peu utiles.

Enfin, il ne faut pas oublier les progrès techniques et conceptuels tels l'amélioration de la boussole, et l'élaboration des premieres cartes marines - s'ajoutant aux itinéraires raisonnés déjà existants : les portulans - qui vont permettre d'accro”tre la connaissance du monde.